Retour aux sources

Publié le par Maxime Pinot

L'envie est revenue. Une suite de petites choses ont fait que je pouvais être libre ce vendredi. Et l'excitation des belles journées de cross était de retour, dans le creux de mon estomac, au moment de rejoindre Clément, Yoann et Martin...

Avant, il y a encore une année en arrière, je vous aurais parlé de performance, de moyenne et de vitesse. Aujourd'hui, même si la performance CFD tourne encore dans un coin de ma tête, j'ai trouvé mon bonheur ailleurs. Un bonheur plus contemplatif, tourné vers le ressenti des conditions et la vision du paysage. Un plaisir plus poétique et moins pragmatique.

Le plaisir de se retrouver entre amis sur un décollage à 9h30 du matin, à profiter de la vue sur le Charvin, abrupte et fier. Et se laisser envahir par l'excitation, l'envie de décoller le plus vite possible, un appel impossible à retenir... Ce qui va me valoir une heure et demie de survie sur 50 mètres de large ! J'aiguise ma patience, sachant que seul ce mince filet de brise peut me maintenir en l'air, dans un équilibre ténu entre ciel et sol, alors que le soleil gagne en intensité. Trop lentement... J'évacue la frustration, en pensant à la suite de ce que pourrait être cette journée si je ne me retrouve pas trop vite les pieds au sol.

Enfin, les conditions s'allument tranquillement, et je peux me relâcher en arrivant au sommet de la crête. Prêt pour la première transition, prêt à glisser sur cette première partie de vol le long des faces est encore timidement allumées.

Il faut rester dans le petit flux de brise remontant les pentes, effrayer quelques chamois, laisser les contours de son ombre dans les plaques de neige, s'enfoncer au profond des combes, être attentif aux turbulences au passage des arêtes...

Je reprends Clément à mi-chemin de l'Arclusaz, et nous filons sur Montlambert où je ne demande pas mon reste et préfère partir bas dans la falaise de la Gallopaz. Le plaf y est médiocre, mais la Savoyarde nous offre un petit 1850m qui nous permet de transiter sur la Chartreuse.

Au raccrochage, de nouveau une longue partie de cheminement nous attend ce qui va me permettre de rattraper Clem qui m'a de nouveau filé entre les doigts.

C'est sans histoire jusqu'à Grenoble. Cette partie de vol ne m'a jamais fait rêver, tant elle est ordinaire et monotone. Mais enfin le retour s'offre à nous et des choses plus belles nous attendent sur la route. Avant, pour être bien sûr de profiter de la suite, je fais une belle bêtise au raccrochage de la dent de Crolles qui me vaut une quinzaine de minutes perdue...

Tout énervé, laissant une fois de plus Clement s'échapper, je file chercher le gros thermique du col du Coq. Il est au rendez-vous et c'est maintenant que la quatrième dimension s'ouvre à moi.

Perché à 2700m sur la Chartreuse, j'ai tout le temps d'admirer les Alpes, dans ma longue ligne droite vers le Granier. La vue est magnifique, la visibilité incroyable. Des plafonds stratosphériques émergent au cœur des massifs encore très enneigés. Un jour, j'irai par là bas.

A l'entrée des Bauges les brises sont assez copieuses mais je connais maintenant le mode d'emploi : surtout ne pas s'arrêter sur la Savoyarde (où des ailes jouent au yoyo). La Gallopaz est tellement soufflé que seul le soaring fonctionne. Installé 50 mètres au-dessus des crêtes, je file au Colombier. Et c'est un Colombier des grands jours, car c'est une grande journée. Installé dans une puissante colonne, je rejoins le cum à 3100m pour un panorama magnifique sur Annecy, les Aravis, le Mont-Blanc. Un joli balcon.

Je double quelques ailes, bien installé à 60 km/h, sur la transition vers le Roc. Si je veux ma fin de vol sur les Aravis, idée qui germe tranquillement dans ma tête et celle de Clement, il faut gagner un peu de temps.

Et du temps, le Roc m'en fait gagner. Le thermique y est à 6m/s, large et sans turbulence. La vie, la vraie.

Alors que je traverse le lac, Clement arrive à la Tournette et est prêt à basculer derrière. Je profite d'un doux soaring dans les pentes pour profiter de cette belle montagne. De la brise, mais pas de jolie colonne. 50 mètres au-dessus du sommet, je bascule sur Sulens où je dois attendre le cycle quelques minutes. Enfin, il m'envoie voleter de nouveau à 3000 mètres. Mon ticket pour les Aravis.

La neige est encore abondante, la lumière du soir inonde les faces ouest encore actives malgré tout ce blanc. De quoi filer vers la Pointe Percée, en se laissant glisser sur un coussin d'air doux que dégage tranquillement cette belle chaîne.

Le retour se rappelle à nous, et le petit vent de sud ne sera pas là pour nous faciliter la tâche. Mais la masse d'air ne nous lâche pas, le contemplation s'intensifie. Un dernier thermique nous happe et nous dépose pour notre dernier plafond. Un beau silence, une satisfaction intérieure, la paix... Toutes commandes lâchées, allongé, il ne me reste plus qu'à poser un regard sur ce bout de monde, avant de rejoindre la terre des hommes, plongée dans l'ombre...

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Dam's 16/04/2014 16:26

Mouais ... tu peux enrober ça comme tu veux .. c'est surtout ton 1er 200 mon salaud. Bravo.

chris ohanian 13/04/2014 08:47

super récit tu nous fait rever. On se languit le prochain . A+