Rêve de dingue, rêve de gosse... Champion du monde PWCA

Publié le par Maxime Pinot

Il y a une phrase qu'un ami m'a rappelé à la veille du dernier jour de la compétition. Elle vient d'un magnifique texte de Gabriel Garcia Marquez :

« J'ai appris tellement de choses de vous autres, les humains... J'ai appris que tous veulent vivre sur le sommet de la montagne, sans savoir que l'authentique joie se trouve dans la manière dont on gravit le sentier escarpé »

Dans mon dernier thermique, seul au monde avec un ami volatile, je commence à divaguer. Tout se confond dans ma tête. Je revois mon parcours en accéléré, en repensant à tous ces moments, et à toutes ces personnes, qui ont contribué à ce que j'arrive finalement à cet instant d'émotion intense. Des larmes coulent sur mes joues, et ce sont celles du bonheur...

La journée a été longue et stressante. Jusque-là, durant quatre jours, j'ai réussi à conserver cette première place. Mais de jour en jour, la tension est montée d'un cran. Elle est à son maximum, ce matin. Au petit déjeuner, je n'arrive rien à avaler. A peine quelques gorgées de thé. Tout paraît noué en moi. Pierre tente bien de me détendre, mais c'est mission impossible. J'essaye pourtant de tout faire pour dédramatiser la situation, me dire que c'est un jour comme les autres qui se lève pour la Terre. Mais je ne suis pas la Terre, et je sais que j'ai rendez-vous avec mon destin...

Je remets en place mes routines, comme au premier jour, et surtout j'essaye de ne pas écouter ce qui se dit autour de moi. Musique vissée sur les oreilles, je focalise mon attention sur le présent le plus proche. Je ne veux pas penser, et surtout ne pas penser à cet après-midi, à ce soir, à demain...

Faites que les voiles arrivent, faites que ce briefing se termine. Je n'ai qu'une envie, c'est me retrouver en l'air. Car jusqu'ici, la pression s'est toujours évacuée pendant le start, pour me laisser en paix durant tout mon vol. Elle n'est jamais venue perturber mes choix, alors pas aujourd'hui...

Enfin mes pieds quittent le sol. Mais ma commande gauche joue le macramé dans le suspentage. Je mets une interminable minute à la défaire. Et enfin je peux enrouler pour rejoindre la grappe tournoyante au-dessus du site de Cokelez. Je me sens enfin bien, me voilà dans mon élément. Je sais que si je veux gagner, je vais devoir tout donner. Car derrière, ils ne failliront pas...

Au start, je suis en dessous et derrière tout le monde. Je viens de rater mon premier départ de la semaine. Mais je souffle et ne prends pas feu. La manche est longue, la journée est longue.

Je me repose sur ma vision, et mon placement. En un thermique, me voilà replacé dans les 10 premiers après une erreur du groupe. Les choses sérieuses peuvent commencer. Tout s'enflamme.

Yassen, à gauche, Honorin à droite, lancent une attaque sur la flèche dans la plaine. Julien, lui est dans une option plus au nord. Je me mets sur le bord d'attaque du groupe et j'observe. Je m'appuie sur la montée en thermique pour rester en contrôle pendant que les confettis cherchent dans mes pieds. A chaque fois, je me replace sur la tête des attaquants, pour montrer que je suis bien là, calme et plus haut.

Toute la pression s'est envolée. Je vole comme je sais le faire, en essayant de donner du rythme. Après la première balise, je sens une ligne à gauche. Je me décale tranquillement, laisse flotter la machine. J'attrape le thermique puis une ligne très porteuse. Toute la compétition glisse sous mes pieds. Je suis en dominance, moment parfait.

Confiant, je navigue devant, le groupe suit. Sauf Yassen qui se décale sur une ligne plus à droite, qui semble commencer à fonctionner. Mais personne ne l'accompagne. Surtout, je m'attends à des conditions compliquées autour de B2, car le vent d'ouest est marqué... Difficile pour un homme seul, même pour Yassen. Alors, je le laisse faire, en le surveillant.

Un changement de rythme se profile. Tout le groupe se compresse de nouveau dans les bulles évanescentes. Je fais donc tous les efforts pour ne plus prospecter, pour laisser travailler les autres. Je dois rester le mieux placé possible entre mes camarades. Je sais que sans les autres sur cette branche, tout sera très compliqué.

Nous nous lançons dans le col. La pression monte. Tout semble lessivé par le vent. Des pilotes font demi-tour. D'autres posent. C'est l'hécatombe...

Enfin une bulle part dans la marmite, sous le vent. Nous sommes une vingtaine à pouvoir nous replacer à une altitude convenable alors que le reste de la compétition agonise dans les basses couches balayées par 25 km/h d'ouest.

J'en profite pour discuter avec Jerem. On a eu chaud... Oui on a eu chaud. Mais son calme est inspirant.

Nous allons lutter un long moment dans les cinq derniers kilomètres pour aller chercher cette balise. Le groupe perd petit à petit des pilotes. En-dessous de moi, Yassen pose. Julien, un peu à gauche, qui a dérivé un thermique un peu trop longtemps, se retrouve en difficulté lui aussi.

Un long saute mouton dans les collines ventées commence. Je sais que j'ai fait le gros du travail. Fred commence à me féliciter alors que nous enroulons une bulle serrée sous le vent. Mais Honorin est à la balise et ressort. Je me concentre à nouveau, il va falloir aller la chercher jusqu'au bout cette victoire.

A la balise, je dérive un thermique en compagnie de Guy Anderson et Martin Jovanovski. Je reviens au vent pour trouver mieux. Je le trouve. Ma position est maintenant enviable. Je suis de nouveau haut, avec deux pilotes pour me baliser la masse d'air devant. Tout est plus facile, enfin. Nous filons vers le goal, vent arrière, à 40 kilomètres d'ici.

Je cherche Honorin des yeux. Personne en l'air... Puis je crois apercevoir une voile blanche dans un champs.

Je me décale légèrement sur la droite. Le vent descend du plateau et j'espère qu'il décollera des bulles dans les champs encore au soleil, alors que les altocumulus créent un jeu d'ombre et de lumière au sol.

Mes deux camarades commencent à porter devant puis balisent une masse d'air légèrement ascendante. Sous leurs pieds, le thermique est faible mais le dériver me permet de gagner des kilomètres. Je suis au maximum de ma détente. Je sais que c'est presque fait...

Guy et Martin partent. Quant à ma bulle salvatrice, elle semble vouloir m' offrir le plus beau cadeau du monde. Mon brave destrier tire au vent, je le laisse faire et ovalise. Le cycle s'intensifie et c'est là que tout commence... Dans mon dernier thermique, seul au monde avec un ami volatile, je commence à divaguer. Tout se confond dans ma tête. Je revois mon parcours en accéléré, en repensant à tous ces moments, et à toutes ses personnes, qui ont contribué à ce que j'arrive finalement à cet instant d'émotion intense. Des larmes coulent sur mes joues, et ce sont celles du bonheur...

Je pense à mes parents et à mes sœurs, les personnes les plus importantes de ma vie, mes amours, mes modèles, mes soutiens. Sans eux, sans elles, rien de cela n'aurait été possible. Merci Maman, merci Papa, merci Marg, Merci Nenette !

Je pense à ma mamie, là haut, qui m'a donné le goût des voyages.

Je pense à une fille rencontrée cette année...

Je pense à mes amis, volants ou non, et je ne prendrai pas le risque d'essayer de les citer tous. Merci d'être là dans les bons, et surtout dans les mauvais moments quand j'ai envie de lâcher prise.

Je pense à toutes les personnes qui peuplent le magnifique ciel du Poupet, et font vivre ce super club ! Et je pense à Raph, particulièrement, qui m'avait pris sous son aile. Mais qui est parti trop tôt...

Je pense au pôle de Font-Romeu, à mes entraîneurs : Marco, Didier, Jean-Paul et Jérôme !

Je pense au team ABAC/Niviuk, à Pierre, à Dom. A toutes les personnes qui permettent son fonctionnement : Olivier, Magda, Eric, toute l'équipe Niviuk...Et les grands pilotes qui le composent bien sûr : Jean-Marc, Jerem, Lucas, Joël, Tim.

Je pense finalement à toutes les personnes qui ont amené un jour quelque chose à ma vie, pour que d'effet papillon en effet papillon, je me retrouve à ce moment précis, au bon endroit au bon moment, avec les plus belles cartes en main...

Merci à vous tous. Je resterai toujours le petit acharné qui ne lâchait rien dans la bulle, devant le décollage, sous sa voile école. Si l'on m'avait dit ça, à cette époque, c'était il y a neuf ans, j'aurais dit que c'était un rêve de dingue. En fait, c'est un rêve de gosse...

Maxime

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Oliv' 31/10/2014 22:45

Je lis ce texte pour la troisième fois.
Tel un poème, on y trouve l'inspiration, l'énergie, la joie, les peines, la vie...

Bravo pour cette extraordinaire performance et merci pour ce texte. J'en profite pour te dire bravo et merci pour tous tes récits.

Merci Maxime de nous faire vivre des passages de ton sentier escarpé.

sev et luc 24/10/2014 21:26

Aussi grande est ton humilité que ta performance.
Qu'elle t'accompagne aussi loin que tes rêves t'ont porté.
Bravo Max

rogers 08/10/2014 20:00

Grand BRAVO à toi Max je pense que tu as pris un pied immense...............énorme.
Merci pour tes commentaires et continues de rêver ça te réussi.

No2x 08/10/2014 15:29

Joli récit, bien beau parcours, bravo! vivement la suite!!

Thomas Merigout 08/10/2014 14:16

Chapeau bas Monsieur .... Un très jolie debut ... oui début ... car tu a encore de belle victoire devant toi j'ee suis sur.