Natural Games 2015: derniers réglages

Publié le par Maxime Pinot

Natural Games 2015: derniers réglages

Nous débouchons sur la ville de Millau alors que le soleil se couche sur une journée ventée. La vue depuis le plateau est toujours aussi belle. Elle transporte le sud et l'odeur des thermiques avec elle: la ville, les champs brûlés par le soleil, les pins, le relief taillé par les rivières environnantes... Qu'est ce que c'est beau ! Et vient le long sommeil d'avant course...

La performance tient en un fin équilibre, ou en de fins équilibres puisqu'ils me semblent pluriel. Des équilibres au niveau technique, tactique, stratégiques... Mais peut-être est-ce la balance au niveau du mental qui chapeaute tout ?

Lancé dans une manche magnifique de 90 kms, je lutte contre moi-même. Depuis la toute première transition, je cède à toutes mes velléités d'attaque, avec cette impression désagréable de ne pouvoir arrêter mes demies fuites en avant. Quelque chose ne tourne pas rond dans ma mécanique, et je le sens sans pouvoir me contenir. Et cette chose, c'est ma motivation. Elle est telle que j'en perds ma lucidité. Mes objectifs de manière ont été remplacés par un objectif de résultat unique: je veux gagner.

Mais ce n'est bien sûr pas de cette façon que l'on gagne, ce serait trop beau. L'on gagne on s'en tenant à une feuille de route, à une rigueur où ne peut s'exprimer à chaque seconde nos instincts naturels.

Alors que je cède tout azimut à mes envies d'attaque, toujours devant et sous le groupe, à trouver des lignes parallèle, je maudis mon fichu caractère. Je n'arrive pas à lâcher prise alors qu'il devient de plus en plus claire que je perds l'emprise sur cette manche, et que l'aléatoire rentre de plus en plus dans mon calcul... Il suffirait simplement de m'appuyer sur ma montée en thermique pour me replacer correctement dans le groupe... D'une simplicité inavouable sur le papier.

A celui qui se croît plus malin que les autres trop longtemps, arrive ce qu'il doit arriver: le groupe prend un boulet dans votre dos alors que vous coulez dans votre option bien hasardeuse...

Dans mon trou, me voilà dos au mur, face à mes contradictions. Mais je déniche la bombe qui me ressort et pourrait me faire reprendre le groupe sans trop de difficultés. A la place, je repars dans une ligne parallèle...

Après quelques galères, me voilà tout appuyé sur mon accélérateur pour essayer de prendre le cycle du groupe de tête alors que la fin de manche arrive... Mais je ne serai pas assez rapide, et je pars à l'agonie avec quelques autres naufragés du ciel. J'accélère le rythme pour ressortir de ce que je pense être mon dernier trou de la journée.

J'entame mes 15 derniers kilomètres en sur régime marqué alors que le groupe de tête rentre déjà vers le goal... Je ne suis plus lucide et ne cherche même plus à me placer dans la masse d'air, tout tendu que je suis...

Et ne pas se placer à Millau, ce peut-être fatal tant le ciel peut avoir envie de vous jeter vers le sol... A 2 kms de la dernière balise, je tombe littéralement du bleu céleste dans un -4m/s bien installé qui fait hurler mon vario à la mort.

Balise tournée, je fuis vent arrière vers le pic d'Andan... Mais il faut se rendre à l'évidence je suis trop bas pour atteindre son dynamique... Je vais devoir sortir tout mon savoir faire pour rentrer au goal.

A 100m/sol, je file vers une zone industrielle espérant trouver une bulle salvatrice. Elle est bien là, je dérive, souffle, bois un peu... Elle finit par me lâcher j'espère cette fois atteindre le dynamique... C'était sans compter sur une dernière offense du ciel qui place sur mon chemin une enième descendance.

Je suis obligé de me rabattre ventre à terre sur mon plan B: filer dans le col très plat qui descend sur Millau et espérer trouver une bulle dans les pentes sous le vent...

Mon plan est tout de même bien mal engagé alors que je file à plus de 60km/h ballast ouvert, à ras les champs balayés par un flux descendant qui me laisse bien peu d'espoir. Je vise un tout petit petit relèvement de terrain qui pourrait briser la tension superficielle d'une hypothétique bulle.

Et là, un oiseau qui tourne pile à l'endroit visé... Je m'insère dans la bulle qui me permet tout juste de me maintenir, mais qui me dérive, bon an mal an, au-dessus de la ville surchauffée. Une bulle un peu plus chaude se décroche au-dessus du Géant casino et je peux optimiser une dernière glissade vers la end of speed section et le goal...

Au sol, je me juge avec la plus grande sévérité et objectivité. Mes erreurs sont manifestes, et viennent d'un mauvais réglage de "l'envie", trop enlisé dans une surmotivation générale. Me voilà avec ma 24ème place, 24 minutes derrière le vainqueur Martin Rebord. Une bonne claque pour ne pas oublier que jamais rien acquis.

Mais quel bon test pour tester mes capacités à me régler de nouveau ! J'en ai fini de voir le négatif, je ne cherche que les sensations positives.

Et ces sensations sont revenues, alors que je contrôle le groupe depuis le start, de nouveau dans les bonnes lignes. Mon Enzo glisse au-dessus de ma tête, je suis détendu et froid, comme il faut l'être en course. Je ne cherche pas à exploiter la moindre opportunités, mais je ne peux m'empêcher de naviguer sur le bord d'attaque du groupe que je trouve bien lent, amorphe, sur ce début de manche.

Après avoir perdu une partie de mon contrôle en milieu de manche, je place une petite attaque qui me replace avec Yoann tout en haut de la grappe, avant d'attaquer les 35 derniers kilomètres vent arrière sur le plateau.

Je me permets un petit moment de contemplation. J'adore le plat, ces changements de couleurs et de végétations. Je me sens à la maison, surement encore plus que dans les montagnes. Il n'y a qu'à se laisser porter dans les lignes dictées par le ciel, faire glisser la voile à l'intérieur, appuyé sur les B et le barreau. La vie !

Je négocie la TMA de Montpellier et file directement sans me retourner vers la ESS devant le groupe... à 19 kms de là !

Mais nous sommes poussés à plus de 80 km/h. Je sens la pression des poursuivants sur mes talons. La suite est une longue session de pilotage aux arrières dans les déclenchements. Deux petites fermetures m'obligent à relâcher... Mais je finirai tout de même premier, 2 secondes devant Charles, 3 sur Yoann pour une arrivée groupée au sprint !

Une manche de plus dans mon escarcelle ! Réglages retrouvés !

Soleil déclinant à Brunas, une Emilie 20m² au dessus de la tête, me voilà en train de profiter avec les amis de la manche annulée du samedi ! Une session magnifique, jusqu'au coucher du soleil, à tourner des hélicos, des mystis et des SAT plus ou moins rythmées pour certains (hein Jon ?!), à côté des cadors de la discipline qui partent en démo.

Des images plein la tête et cette envie qui me trotte dans la tête depuis un moment de diversifier ma pratique...

Millau et son ciel capricieux ! La dernière manche nous en donne pour notre argent, avec des thermiques puissants... Mais des descendances d'un autre monde !

Les 5/6m/s ascendants, alternent avec les lignes catastrophiques à -5m/s, qui durent, et durent...

Roi du pétrole puis dominé... Ce jeu est usant et demande une attention de tous les instants tant tout peut basculer en une fraction de seconde, dans un speed run en zig zag au rythme décousu.

Un kilomètre derrière les 4/5 premiers, je garde le contact alors que nous décrochons le groupe petit à petit à coup de grosses Vz martelées coup sur coup.

Finalement tout se jouera sur la dernière branche, dans notre groupe restreint, pour aller chercher la ESS, tout en appui sur le pic d'Andan, ridant les arbres pour la dernière chevauchée.

Steph gagne, suivi d'Antoine second, et moi troisième. Et un bon gap sur le gros du groupe !

En somme une manche difficile à raconter de par sa morphologie...

Ma 7ème place au général me satisfait finalement, malgré ce petit regret au fond du ventre quant à cette première manche très moyenne qui m'avait assez largement fermé les chances de podium.

J'ai notamment tiré les enseignements de ce que peut provoquer un état de surmotivation, et testé ma capacité à revenir sur des réglages sains et positifs. Avec une 3ème place et une victoire de manche, le test est réussi !

Un dernier regard sur Millau en remontant les lacets qui nous emmènent sur le plateau de Brunas, en me disant que ce paysage ressemble étrangement au Portugal...

A l'année prochaine Millau !

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