Tropheo Guarnieri 2015: Retour (presque) gagnant !

Publié le par Maxime Pinot

Tropheo Guarnieri 2015: Retour (presque) gagnant !

Deux semaines que je tourne comme un lion en cage, entre biplaces et enseignement, mais aussi un cross manqué au départ de Bourg Saint Maurice, au goût inachevé. Mes collègues l'ont bien senti, je suis moins patient qu'à mon habitude et jette des regards plus appuyés vers le ciel, signe d'un irrésistible appel.

Le Tropheo Guarnieri approche à grands pas, et je sens déjà monter en moi l'adrénaline du vol et de la compétition, après un mois creux en heures de vol.

La veille du départ, comme à mon habitude, je prépare minutieusement mes affaires comme si je devais déménager la moitié de mon appartement. Tout ça pour rassembler les quelques affaires dont j'ai besoin... Je profite d'un petit créneau à Planfait pour régler mon Enzo, fixer sa petite tendance à tourner à droite. Ma nouvelle Exoceat est elle aussi parfaitement ajustée. Je veux que tout soit aux petits oignons avant de prendre la route.

Le secours tirer à Bassano il y a deux mois de cela est déjà un lointain souvenir, et j'ai fait le nécessaire pour repasser au-dessus du lac lors du stage SIV annuel du pôle, sous les yeux avisés de Victor.

Tous les feux sont au vert et c'est avec un grand sourire que Ju et moi filons récupérer quelques compagnons de compétition à Aiton avant de prendre définitivement le route de Feltre, une vallée derrière le site mythique de Bassano, au pied des Dolomites.

Quelques heures de routes plus tard, nous voilà dans notre logement commun avec comme colocataires l'équipe de ligue Est-Vosges emmenée par un Franck Perring dont les jeux de mots égaieront les journées de ce séjour fort rythmé.

Rendez-vous le lendemain pour une petite découverte du site où viennent s'ajouter une partie du groupe France. Voilà une bonne équipe de Frouzes motivées pour faire la course : Seiko, Charles, John, Luc, Julien, Fred, les 3 Steph, Thomas, Franck, Did le Coach, Ju. Voilà qui promet !

Au décollage, l'atmosphère est humide, la casquette nuageuse prend le relief mais le soleil perce sur les bas de pentes et la vallée. L'idée est de profiter du court créneau avant les surdéveloppement annoncé.

Nous avançons, avec Charles et Steph, vers l'est, sous un plafond bas, entre placement au relief et thermique en plaine au soleil. Le spot est magnifique, les reliefs abruptes, mais la vallée accueillante avec en son cœur le sillon d'une longue rivière.

Je m'en donne à cœur joie, plutôt à l'attaque, comme il me plaît de voler. Je ne cherche pas un réglage typé compétition sur un tel entraînement, je me concentre uniquement sur mes sensations, sur des sensations ultra positives.

Après une longue survie dans la vallée, me voilà les deux pieds au sol prêt à tester le stop local.

Une dame très sympa me ramène jusqu'à un village où est posté Didier, qui manque d'ailleurs d'emboutir son véhicule.

Mais tous récupérés, nous rentrons tranquillement, pour les inscriptions et une bonne nuit de sommeil...

Comme à chaque veille de compétition, dans mon lit, je cogite le contrat que je pourrais passer avec moi-même. Mon titre acquis en octobre dernier lors de la Superfinal a changé du tout au tout ma vision de la compétition. Il m'a fait connaître nombre de phases émotionnelles plus ou moins positives, plus ou moins enviables. Du sommet du nuage composé du bonheur de mes proches et du mien, jusqu'aux tréfonds des pertes de repères et fluctuations de motivations. Un vrai voyage intérieur, parfois effrayant, où tout se confondait, s'entrechoquait pour qu'émergent de vieilles chimères, et cette peur de perdre l'amour fou que je porte au vol. J'avais peur (c'est le mot, peur) qu'un achèvement comme celui-ci, celui même qui composait l'une des motivations de ma vie, m'ait été retiré pour toujours, emmenant avec lui mes plumes et mes envies. Du rationnel à l'irrationnel, il n'y a parfois qu'un pas, une marche ténue, une frontière tout juste visible.

Mais c'était sans compter sur ces sensations lorsque l'on se retrouve là haut, cette glisse, cet élément mobile, fluctuant mais qui semble si fort et inamovible. Cette envie de toujours y revenir, aucun moyen de lutter car l'El Dorado est caché là haut, entre deux nuages et le ciel bleu.

C'était sans compter sur une affirmation de mon caractère propre : rien à faire, je suis un compétiteur. La course me fait vibrer, et le podium a un goût particulier, qui peut paraître vain au premier regard du non initié, mais qui recèle tout de même une part de magie entre sentiment d'achèvement personnel et cette part égocentrique, sans laquelle nous ne serions pas humains, rassasiée.

Voilà où me mènent mes réflexions ce soir là. Vers cette tension et cette interaction que tout compétiteur connais : l'interaction entre plaisir et résultats, deux notions qui ne vont que de paire en situation de course.

Le contrat est donc le suivant : mettre en place des schémas de vol que je reproduirai en PWC (car l'idée est d'utiliser cette compétition comme un test grandeur nature) pour optimiser mes performances (des schémas qui me sont propres, dans lesquels je performe). De ne pas prendre cette compétition comme un entraînement tout azimut dans des schémas que je ne maîtrise peut-être pas totalement. La gérer comme je gérerais une échéance des plus importantes. Tout cela au service d'un résultat : accrocher le podium, ou s'en rapprocher fortement (top 5).

La course pouvait donc commencer.

Au décollage de la première manche, je regarde un ciel très similaire à celui de la veille. Les risques de surdéveloppements sont bien présent et l'atmosphère est nuageuse malgré un soleil batailleur au milieu de l'ombre.

Au start, la partie de cache cache au milieu de plafonds fluctuants commence. La zone d'attente ne laisse pas tellement d'options pour s'étaler et voilà que ressort mes réticences des grosses grappes qui me fichent la frousse, surtout dans les compétitions d'un niveau moins homogène. Je garde donc mes distances jusqu'à une quinzaine de minutes de l'ouverture pour économiser mon énergie. Puis je me force à ré-intégrer l'essaim tournoyant pour me faire ma place.

Mais cela ne suffit pas toujours et à l'heure d'ouverture je ne suis pas le mieux placé. Qu'à cela ne tienne, je réalise un mouvement que j'affectionne particulièrement : un haut-régime de vol en direction du point de raccrochage supposé pour reprendre le contrôle lors de la montée dans le premier thermique. Et cela marche. Enfin me voilà plus haut, enfin je respire et peux me détendre complètement.

La suite de la course se transforme en long cheminement, avec un point de rendez-vous souvent situé autour du décollage. Déjà les congestus deviennent imposant et le ciel s'obscurcit. Après un placement en confluence déniché par Luc aux avants postes, le régime de vol ralentit légèrement alors que le groupe semble hésiter entre deux options. Fort de certaines expériences, j'effectue un « Valic turn » dans un zéro pour augmenter mon recul et conforter ma position de force par rapport au groupe.

Il pleut maintenant fortement sur les reliefs, la base du congestus s'avance jusqu'en milieu de vallée... J'hésite à enlever mon masque tellement la base est noir. La situation devient clairement borderline, puisque l'on ne peut anticiper l'évolution réelle de ce nuage. Mais à la radio personne ne dit mot... Le silence commun quand tout le monde se regarde dans le blanc des yeux, comme les biplaceurs muets mais conscient que l'orage arrive mais qui décident d'y aller tout de même.

Je lance donc un premier niveau 3, ce qui a pour effet de secouer l'apathie de mes collègues qui se réveillent d'un coup suite à mon message, preuve de l'omerta qui peut encore régner dans ce genre de moments.

La course continue encore quelques kilomètres avant d'être stoppée par le DE, sûrement à bon escient malgré la déformation du nuage après que tout le monde ait rejoint le plancher des vaches.

Une manche stoppée mais une manche qui compte : 19ème, avec peu d'écarts crées au sein du groupe de tête.

Après petit run de vitesse le long du relief au début de la manche deux, le groupe de tête s'est détaché et nous voilà en bonne position pour traverser la plaine qui s'allume tout juste...

A petits pas, nous arrivons proche de la deuxième balise, plusieurs kilomètres devant nos poursuivants. Mais un hors cycle énorme va littéralement nous happer alors que nous en revenons, plutôt confiants... Notre avance fond en quelques minutes et les poursuivants nous reviennent sur la tête, sauf sur celles de Charles et Marco qui s'échappent. Une longue partie de vol dans cette large vallée nous attend et me voilà contrôlé par la quasi totalité de la meute, au pire des moments... Je flotte en perdition sous la grappe alors que notre transition va inéluctablement finir par un point bas.

Enfin le premier bip, avant une survie. A force de centrages et recentrages, je m'extraie de la grappe des pilotes hésitants. Tout le monde se regarde, enroule, un 1m/s salvateur. Mais je sens qu'une confluence se dessine devant, et malgré ma situation toujours peu enviable je commence à m'impatienter jusqu'à ne plus tenir devant l'appel des nuages... Je plante le barreau et file !

La masse d'air commence à porter, je relâche un peu, cale mes placements au pilotage aux B, et rentre dans une large zone ascendante qui me permet de reprendre le contrôle sur la quasi totalité de la compète. Je souffle après ce mauvais moment, et me concentre sur la suite du vol.

Une longue transition approche, et l'ombre règne devant... Je lâche les commandes et affines mes placements à la sellette et les régimes de vol. Le reste, cette incroyable Enzo sait le faire seul tant elle semble vouloir se glisser dans les lignes favorables. Je ne m'en lasse pas et reste toujours étonné de ses capacités...

Toute la compétition se regroupe sur une petite falaise alimentée par la brise de vallée sans espoir de sortir vraiment, juste de quoi reprendre un contrôle sur la grappe.

Mais le soleil perce sur Padavena et nous avançons à pas de loups sur la ville. Le dernier thermique s'offre à nous. Il est poussif, sans un morceau de gras. La speed section, placée autour de la dernière balise nous tend les bras, mais la marge est mince : 11 de finesse requis pour aller au goal avec une dernière branche peut-être légèrement contré...

Mon expérience m'a appris à ne plus partir premier sur ce genre de phases, dans ces conditions. Et cela malgré quelques mètres de contrôle sur la meute. Seul Charles est à mon niveau, un poil devant.

Je les laisse se ruer en direction du cylindre, et j'observe. Quelle est la meilleure ligne ? Le choix est primordial. À droite, Lucas Donini trouve une ligne porteuse. Les yeux rivés sur ma finesse instantanée, j'alterne moments de flottement et petites accélérations grâce à l'appui sur les B.

Demi-tour tout en douceur pour économiser chaque mètre, bras rentrés sur le glide final vers la ligne, je retiens mon souffle. Le vent n'est pas franchement favorable, mais une fois de plus la petite merveille au-dessus de ma tête fait son job. Flotte ma belle !

La ligne enfin franchie, 2ème derrière Charles, je peux de nouveau respirer, consommer mes 40 mètres de marge dans mon dernier virage pour m'aligner. Et laisser se disperser un flot continue d'adrénaline dans mes veines...

Dans mon champ, coincé entre les maisons d'un petit village non loin de Belluno, je suis comme assommé par mon erreur et mon échec de ce troisième jour de course... Je regarde, dépité, tout un groupe emmené par Luc, prendre la tangente vers une montagne ombragée mais dans les brises... Et, à force d'effort ressortir du piège.

Assommé, parce que je viens de passer d'un temps très fort, à un posé après à peine 35 kms de course. Dépité, car j'aurais du mieux gérer ce changement de rythme que j'avais pourtant vu venir. Mais trop enfermé dans mon plan que je pensais infaillible, je me suis fait avoir, comme un débutant.

Je rumine, ressasse, reviens en arrière. Je m'énerve, boude, et reste muet malgré la présence sympathique de Nicola et Piergiorgio avec qui j'échange quelques « mierda », « putain » et « fucking shit » (une marque déposée par Hono d'ailleurs;)) avant de visser mes écouteurs sur les oreilles (pourquoi je n'ai pas changé ma foutue playlist...) pour attendre la navette... pendant trois bonnes heures (punition ultime). L'occasion de passer de la colère à la résignation, de la résignation à une nouvelle colère, et de la colère à un semblant de compréhension, pour enfin revenir à un peu de rationalité pour comprendre son échec. Ici il est clair : la situation difficile était identifiée après le passage d'une balise décalée en vallée. Le retour se faisait face à la brise dans des appuis plus que fuyants, à l'ombre. J'aurais du capitaliser sur ma position de force (plus haut) et me mettre en retrait au lieu de foncer droit dans le piège. Une bonne leçon, et peut-être un excès de confiance.

Avant, la digestion d'un échec me prenait quelques jours, maintenant cela s'est réduit à quelques heures. Ce qui a nettement amélioré le cadre de vie de mes colocs de compète !

Les blagues de Franck dans la navette finissent de me détendre, ainsi que l'évocation de sa spécialité culinaire : le Big Francky Burger.

Le barbecue convivial qui suit fini d'effacer ma colère pour repartir du bon pied, d'autant plus que le scoring PWC devrait nous permettre de discarder notre moins bonne manche si la météo se maintient. Je n'ai simplement plus le droit à l'erreur...

Au retour du start et de la première balise du quatrième jour, la masse d'air fait déjà des dégâts sur les pilotes. Elle est poussive, faible, inhomogène...

Après un replacement en thermique mal senti, je suis contrôlé par le groupe de tête, qui me nargue. Le cheminement qui s'ensuit n'est pas plus glorieux... Stab dans les arbres, j'essaye de profiter du moindre ressaut de brise alors que l'ombre refroidit la face. Je suis en situation délicate, engagé dans ce qui ressemble de plus en plus furieusement à une fuite en avant. B2 claquée, je reviens au relief le plus vite possible et me détends au maximum. Je déleste ma Enzo de quelques litres d'eau en prévision des difficultés à venir.

Je m'accroche à un thermique ténu mais salvateur qui me remonte sur les crêtes, où je rejoins Seiko et quelques autres. Le groupe de tête retraverse déjà vers le décollage...

Je coupe au plus vite pour retrouver le relief du décollage, au lieu de tirer une diagonale plus directe mais plus coûteuse en altitude.

Face à la brise, je commence ma remontée... Une seule technique dans la stabilité et le vent : coller au plus proche du relief pour profiter du moindre appui ; rentrer tout au fond des combes. Piloter au pied et aux B pour lisser les trajectoires... Être réactif s'il devait arriver une fermeture.

Enfin plus haut, le thermique du décollage s'offre à moi. Totalement focalisé sur ma situation de poursuite, le groupe en ligne de mire, je visse le thermique plein de rage et finis par les rattraper au nuage.

La suite est très ombragée et nous devons relayer par un sommet environnant pour aller chercher une balise en plaine. Julien tente une ligne improbable par le milieu de vallée en direction de l'avant dernière balise... suspense...

Notre groupe, qui a fondu depuis le début de vol, préfère la sécurité du relief. Je sens des soubresaut à l'approche d'une arête encore ensoleillée... Le groupe ne semble pas comprendre les S que je trace le long de la pente et file. Mais enfin la bulle s'envole, Pal et moi en son sein...

Mais notre joie est de courte durée. De l'autre côté de la vallée, une grappe semble commencer à s'extraire, et je reconnais la Boom verte de mon impayable coloc talloirien à son sommet ! L'enfoiré !

Nous pouvons rejoindre le pied de la colonne, une fois de plus pas violente. Je remonte dans les pieds de mes camarades pour retrouver plus de confort.

Balise claquée, nous revenons dans notre bulle bien faible... Des faces ouest m'appellent avec force. Je ne tiens plus. Aaron suit. Le groupe choisi une arête un poil différente. Quand à Julien il part au goal avec une finesse de 12 requise...

Nous attrapons la colonne. Le groupe aussi... Combat à distance dans la montée... L'égalité est quasi parfaite mais ils sont un peu plus proches de la speed section autour de la dernière balise...

L'écart restera le même. Luc et Steph s'adjuge la manche, je finis 5ème moins d'une minute derrière !

Cinquième jour, cinquième manche ! Le DE veut faire rentrer du monde au goal après deux manches sélectives...

Nous voilà donc engager dans une manche tout à bloc le long du relief, le genre de run sans réel choix tactiques ou stratégiques, mais sans temps morts, éprouvant au niveau vigilance et pilotage (même si les conditions n'étaient pas très turbulentes).

Finalement cette manche se jouera sur la dernière branche de 10 kilomètres. C'est là que Charles, après un placement très bien senti et travaillé ira chercher la manche, me laissant 30 secondes de lui, 6ème.

A la veille de la dernière manche, me voilà donc à la quatrième place du général...

Le soir venu, j'ai du mal à m'endormir. L'excitation du dernier jour me happe déjà. J'ai déjà ressenti cela, il y a quasi huit mois jour pour jour, à un autre degré, bien plus puissamment bien sûr. Mais j'étais à une autre place. Je devais défendre une première place sur l'une des deux plus belles compétitions existantes. J'avais tout à perdre.

Mais la situation est différente. La pression n'est pas la même, et l'état d'esprit n'est pas le même. C'est l'appel du podium sur lequel je n'ai pas encore ma place.

Tout comme le premier qui ne peut pas se permettre de simplement contrôler, il est bien naïf de croire que l'on a de toute façon tout à gagner quand l'on se retrouve dans la position de chasseur. Passer d'une 4ème à une 15ème serait bien trop frustrant. C'est alors un juste dosage entre assurer et aller chercher la manche car chaque point compte...

Je finis par enfin trouver le sommeil...

Une petite pointe de stress au décollage, sans plus. Mon mental a grandement évolué depuis un an. Peut-être parce que je n'ai plus à prouver ce que je vaux, comme me le faisait remarquer Steph.

Quelques calculs du coach me permettent de rationaliser quelques situations : Charles est quasi intouchable par le jeu des discards, Luc et Marco sont quelques points devant. Il me faudra environ 30/40 secondes d'avance sur Marco (3ème) pour repasser devant lui au général. Et un peu plus d'une minute pour repasser devant Luc (2ème). Let's race !

Après un premier raccrochage efficace, nous sommes 6/7 pilotes à nous détacher. Dès le début, l'écart se creuse. Et le pire des scénarios se dessine : Marco est avec nous Luc et moi, et le podium 100% français va être dur à aller chercher !

Très vite, la course tourne à un mano à mano entre Marco et moi, en avant de la course. J'avais encore rarement eu à gérer un duel en parapente ! Mais nous y voilà, tous chevaux lâchés, pour quelques kilomètres de course très euphorisants.

Mais vite, le reste du petit groupe nous rejoint. Je commence à sentir le feu dangereux de l'attaque en moi. J'y cède une fois, en allant chercher un bon thermique... Mais un thermique dans le bleu. Un mouvement très risqué...

Encore dans la vitesse du duel, je me raisonne et redescends à une température bien plus mesurée. L'ouverture pour prendre le groupe de vitesse n'est pas encore arrivée...

Une longue transition dans la plaine finit de me calmer. Le changement de rythme et palpable... Après le passage de la balise, nous voilà en milieu de vallée, loin du relief et plutôt bas. J'ai l'impression de me retrouver au Poupet lors d'une belle journée de stabilité. Je suis dans mon élément. Nous sautons de bulles en bulles pour nous rapprocher du relief du décollage alors que nos poursuivants connaissent la débâcle des basses couches...

De retour au décollage, je monte dans le thermique alors que le reste du groupe préfère avancer vers une autre épaule. Seul Julien s'est arrêté avec moi. Nous devons traverser la vallée... J'ouvre les yeux et je repère grâce aux cumulus ce qui me semble être une confluence de sillage en milieu de vallée. Je crie à Julien un euphorique « LE NUAGE !!! » et nous pardon dans le dos du groupe, droit sur le trait...

Notre plan marche à merveille et nous pouvons faire la balise sans aucun soucis avant de nous retourner et d'enrouler, rageurs, pour filer vers l'avant dernière balise et la speed section...

Marco, Pal et Mate nous rejoignent tout de même... Ce qui ne m'arrange pas forcément.

Le dernier thermique se profile. Pal ne s'arrête pas mais la finesse me semble élevée...

La lutte gronde dans le thermique. Je fais jeu égal avec Marco. La finesse requise passe à 8,2 et je pars dans le dos de mon camarade, tout accéléré mais en soignant bien la sortie et le flottement suivi...

Je commence mon demi-tour à 25/30 mètres de la balise pour être le plus court possible, et écrase le barreau jusqu'à la speed section. Toute la panoplie pour grappiller les quelques secondes nécessaires...

Haut sur le goal, avec mes 200 mètres de marge, je peux laisser s'évacuer la tension dans quelques wings bien appuyés... En fait non, il me faudra encore une bonne quinzaine de minutes de sautillements idiots au sol pour que finisse de couler l'adrénaline de cette 2ème place, 20 secondes derrière Pal, 50 devant Marco, 22 minutes devant Charles, et 28 devant Luc...

Il me faudra encore quelques heures pour savoir qui de Marco ou moi finirait sur la 2ème place. Une attente sereine car le podium me comblait déjà entièrement.

Et puis de nouveau ce petit pincement au cœur au moment de monter sur la boîte devant Marco, et derrière Charles, royal tout au long de la semaine.

Puis la bienveillance de tous qui fait chaud au cœur, avec quelque fois un brin de défiance bienvenue, l'air de dire : « la prochaine fois, je serai devant ». Et tu as bien raison de le penser et de le vouloir ! Car c'est ce qui nous fait progresser, ce qui nous fait tendre vers la ligne parfaite. Ce qui dévoile notre humanité, et ce qui nous rend plus humain. C'est ce que le sport peut réussir, si l'émulation est saine et positive...

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

Roland caussanel 23/06/2015 16:26

Encore bravo pour ce beau résultat c'est un vrai régal ce blog.Merci à toi

Twist 20/06/2015 15:35

Excellent ! C'est toujours un plaisir de te lire, merci pour ton partage et bravo pour cette belle compète.