Superfinale 2015 Mexique: Chronique d'un échec pour mieux rebondir, partie 2 et fin

Publié le par Maxime Pinot

Superfinale 2015 Mexique: Chronique d'un échec pour mieux rebondir, partie 2 et fin

Vint le Monarca Open, et avec, l'adrénaline de la compétition plein les veines, et cette excitation journalière avant de se jeter dans la course.

Je commençai par remporter la première manche, une course assez primaire certes, mais une manche quand même.

Puis je remportai la deuxième, loin devant mes concurrents (dans lesquels quelques top guns qui seraient à la finale), sûr de ressentir cette aisance recherchée lors de l'entraînement.

La troisième manche, après deux jours d'annulation, me mit à rude épreuve. Le virus qui n'allait plus me lâcher pour plusieurs jours, et me pourrir le début de la Superfinale, commençait son oeuvre. Gérant les spasmes engendrés par des maux de ventre carabinés, je rentrai au goal deuxième, non sans sacrifices, une petite minute derrière Yassen.

Je remportais donc ce Monarca, sans grande concurrence d’un plateau moyen, mais avec une dizaine de lames très aiguisées, entouré par Pépé Malecki et Yassen sur ce podium.

Cette étape qui me paraissait un point important du contrat était remplie, et plutôt bien remplie.

Enfin, la Superfinale pu commencer.

Je me souviens de ces deux premières manches, détendu, avec de longs moments de contrôle. Et aussi quelques petites erreurs, mais vite rattrapées pour repasser au sommet des grappes. Je me permettais même quelques attaques en avant du groupe, comme j'aime le faire. Mais sur un schéma identique, ce furent des échappés qui allèrent remporter ces manches, prenant l'ascendant sur une locomotive timorée, ultra conservatrice, à la limite de l’apathie face a la fuite des attaquants. Drôle de réaction, quand on connaît les capacités d'un groupe de Superfinale.

il faut croire que je me suis crispé, avec ces deux manches dans la moyenne des 900 points, qui ne suffiraient pas à remplir mon objectif si cette compétition, comme beaucoup d'autres, voyait le vainqueur ramener plus de 960 points tous les jours.

Alors lors de la 3ème manche, je décidai de prendre ma chance, commençant à attaquer après avoir repris la dominance à la mi course, pour emmener un petit groupe à creuser l'écart avec le reste de la troupe bloquée dans son schéma ultra sécuritaire. Cela commença à fonctionner… en partie. Car un autre groupe, avec la même intention que le mien, suivait une ligne beaucoup plus avantageuse, emmené par Stefan Morgenthaler. Je forçai le trait, décidé à ne pas les laisser me distancer, et tombai, comme c'est souvent le cas dans ces moments, à côté de la ligne. Un ticket direct pour les enfers…

La fin de mon vol fût une longue lutte, souvent hors cycle, à courir derrière le groupe que je voyais rebondir à chaque fois dans des thermiques plus forts que les miens… J'étais battu, et ce n'est qu'à la faveur d'une dernière ligne bien sentie dans la confluence que je repris l'arrière du second groupe dans la rentrée au goal. Stefan lui avait réussi son pari, rentrant 5 minutes devant le deuxième… brillant.

Le start de la 4 ème manche était sur le point d'être donné, que je réfléchissais encore à la position tactique à adopter dans cette compétition menée par un groupe aux comportements inhabituels. J'en vint à la conclusion que la prise d'initiative devait être réduite au maximum…

C'est pour cela que je me retrouvai, en compagnie de Stefan “Birdman” Wyss, caracolant cinq kilomètres devant le groupe de tête, les regardant en déroute dans les basses couches depuis notre plafond dans les pentes du volcan. Pour la tactique “prise d'initiative réduite”, vous repasserez…

Mais je ne pris pas feu, et continuai mon bonhomme de chemin en utilisant des régimes de vol faibles, histoire de me faire rattraper dans une masse d'air qui n'allait pas s'arranger, d'après mon analyse.

Chose faite, quelques kilomètres plus loin, le groupe était de nouveau sous mes pieds. Contrôle parfait… sauf sur un groupe d'une dizaine de pilotes emmené par… Stefan Morgenthaler (ouais…) qui partait déjà en transition.

Je me souviens très bien avoir regardé mon groupe, et m'être dit à haute voix: “bon les gars, on reste là à attendre qu'ils nous la mettent encore, ou on y va ?!”. Tout ça pour les voir partir à 180 degrés de l'axe, se rabattre sur un pilote enroulant un pauvre 1m/s destiné à crever pas bien plus haut que notre altitude actuelle… What the fuck?!

Agacé, je filai donc en poursuite de Stefan et de son groupe.

Vingt kilomètres plus loin, je regarde de nouveau le groupe de haut, idéalement placé, à 4100 mètres avant un transition cruciale sous 8/8 ème de cirrus. Il devenait évident que la manche se finirait en distance.

Tout au long de cette transition, je fus tiraillé entre l'envie de tirer droit en direction de la balise et un appui au vent décalé de l'axe.

Je commençai à faire mine de suivre le petit groupe de Russ qui tirait droit. Aucune réaction de la locomotive, qui decidait de filer vers l'appui.

Je revins, penaud, sous le groupe que je dominais quelques minutes auparavant…

La fin du vol sera cauchemardesque pour moi… Par deux fois, alors que je prospectais pour le bien commun (entendez par la que je faisais don de moi pour trouver la petite bulle qui sauverait cette grappe d'un tourni fatal à force d’enrouler la dégueulante, en se regardant dans le blanc des yeux), le groupe s'échappa dans mon dos. Cruel, mais finalement prévisible. Après une longue survie, j’échouai à sept kilomètres du premier, une centaine de points…

Je crois que cette manche a contribué à entamer mon mental, d'autant plus qu'il devenait clair que mon objectif m’échappait. Jusqu'au matin de la cinquième manche, j'ai retourné le problème dans ma tête. Je voyais cette nécessité de prendre le minimum d'initiatives, et en même temps je voyais ces échappés emporter les quatre premières manches. Le bon réglage devait être une balance entre les deux, un jeu entre conservatisme de milieu de manche boosté par des finish agressifs.

Je voyais aussi mon inconfort dans ces grappes denses, agressives. J'étais mal à l'aise, et cela me poussait aussi souvent à ne pas faire les quelques tours de plus. Je servais donc de lièvres à toute la meute…

La manche 5 prit des tournures plus classiques. La locomotive était scindée en trois groupes, à peu près égaux en terme de niveau et de volume de pilotes. Tout était donc plus homogène dans leurs fonctionnements. Leur gestion en était aussi plus simple, moins tentaculaire que ce monstre de 80 pilotes…

À 12 kilomètres du goal, j'étais idéalement placé pour aller enfin en gagner une. Je laissai partir un ou deux pilotes de qualité, devant et plus bas. Des pilotes à ma gauche, des pilotes à ma droite. Quelques nuelles sur le route vers la dernière balise avant de se retourner en direction du goal... tout semblait parfait. Mais il faut croire que la réussite m'avait rejeté. Mes lièvres devant ne rebondirent pas, et les pilotes placés latéralement se mirent à flotter pendant que je tombais dans une nouvelle ligne pourrie, obligé d'enrouler quelques tours dans un 3m/s pour rentrer au goal, dans les 20…

Au déchargement des gps, Stef, encore vainqueur de cette manche, avec sa bienveillance naturelle me dit avec commisération: “je suis désolé pour ta ligne de la fin”. Ce à quoi je ne pu rien répondre d'autre que: “c'est le jeu…”

Cependant, elle eut un effet bénéfique sur mon moral… et sur mon classement, que je pouvais regarder de nouveau avec moins de honte, de retour proche du top 20…

Manche 6, manche dure… la course se déroulait comme dans un rêve, réglée sur mon schéma préférentiel. J'attaquais par le haut, emmenant la troupe en direction du volcan, rebondissant à chaque fois dans les bonnes Vz, ayant un coup d'avance pour garder mon contrôle. Mon objectif était simple: faire plier le groupe par l'attaque, le scinder, le découper.

Après 50 kilomètres tambours battants, c'était chose faite.

Puis l'erreur. Je quittai un thermique trop faible à mon goût, sûr de trouver mieux au vent, sur une face mieux exposée au soleil… mais au vent, rien.

Je partis donc sur une ligne basse, dans dans un piège aerologique que je n'avais pas du tout perçu.

J'étais piégé, scotché dans la brise, à l'agonie. une seule option: faire demi-tour, vent arrière toute pour trouver de quoi survivre…

Filant à plus de 70 km/h, ventre à terre, je me jetai sur un éperon laissait une chance de ne pas poser. Je bataillai plusieurs minutes pour me sortir de l’attraction de la gravité. Un répit seulement, car il était clair que je ne referais pas le plafond dans cette zone trop ventée…

J'analysai mes options pour m'en sortir et je me rendis rapidement à l'évidence que ma seule chance était de retourner jusqu'à cette face qui ne m'avait rien offert à l'aller mais qui paraissait pourtant si généreuse… je me jetai donc sous le vent, à pleine vitesse, dans sa direction.

Ce n'est pas un thermique que j'y trouvai, mais un missile, qui me catapulta à 4500 mètres. J'étais de retour au plafond, mais tout ce chemin inutile m'avait fait perdre un temps énorme…

Je raccrochai finalement l'arrière du groupe, après un très long plané. Je n'avais qu'un thermique de retard sur la tête de course, et encore quelques kilomètres pour le rattraper. Feu !

Mais cette manche n'en avait pas fini avec moi. Revenu dans le groupe d’Hono, je lançai l'assaut pour aller chercher un cycle dans les pieds du groupe avant qu'il ne s'échappe. Je passai à côté, mon groupe non, profitant de de mon erreur de placement.

Je fus contraint de survivre de nouveau 20 minutes ici, crayonnant la pente boisée, chaque instant faisant perdre un peu d'intensité à ce soleil déclinant. Je devais contenir ma colère aussi, mais c'était difficile.

Une fois sorti de mon trou à rat, je hurlai à m'en faire exploser les poumons, contre mes choix, contre moi. C'était ma détresse qui s'exprimait, cette impression d'être piégé dans le faux, d'être piégé dans cette incapacité à produire la bonne réponse aux situations rencontrées. Ce dernier choix avait fini par me perdre…

Je rentrai au goal. Un point c'est tout.

Difficile d'exprimer mon état d'esprit après cette manche. J'étais entamé, mentalement, et peut être physiquement. L'un ne soutenait plus vraiment l'autre. J'avais l'impression désagréable d'être ce poisson pris au piège de son bocal, destiné à refaire la même boucle tous les jours. A refaire les mêmes erreurs.

Manche 7. Alors que nous approchions la mi course, je décidai d'un mouvement hyper classique pour aller chercher une balise en aller retour: quitter le thermique, faire le rayon à 2 kilomètres d'ici, revenir prendre le thermique alors que les autres ne sont qu'à mi chemin, afin de prendre un contrôle parfait avant une transition que j'avais identifiée comme cruciale. Nous étions de surcroît à la verticale d'une montagne qui me semblait prolifique en cycles !

Mais meme cela ne fonctionna pas ! Le groupe m’écrasa, me piétina, m’abandonnant sur ma foutue montagne grâce à quelques centaines de mètres en plus. Étais-je devenu aveugle à toute évidence tactique et aérologique ?

J'ai attendu, attendu. Plus de colère, juste de la résignation. Stefan Morgenthaler, très en retard me croisa et nous trouvâmes de quoi sortir. Je me jurai de ne pas quitter ce cycle avant sa mort… et c'est à 4700 mètres qu'il me déposa. Un moment de grâce au milieu du chaos rampant comme une ombre dans mon esprit: comme le soleil brille vu d'ici !

Je ne pus jamais rattraper le groupe, car aucun changement de rythme ne se produisit devant. Le jeu de la course devient une supplice lorsque, décroché, vous naviguez seul, en dehors du rythme entraînant de la tête.

Je rentrai au goal. Un point, c'est tout…

Et puis, vient toujours la manche la plus excitante, la plus folle: la dernière.

Cette année, ce ne fut pas le cas pour moi. Peut être aussi pour les vainqueurs, qui étaient vainqueurs dès la veille, tant ils avaient surclassé la concurrence.

Je me raccrochai au classement par nations, pour essayer de reprendre le suisses, sur les conseils de Didier. Même si le coeur n'y était plus vraiment.

J'ai marqué pour la France, avec un top 10, mais les suisses ont de toute façon gardé la tête. Amplement mérité. Leur style de vol est inspirant, moins attentiste, porté vers l'avant. Ils osent, et ils réussissent.

Stefan Wyss remporte la compétition avec une classe hors norme, empochant 4 des 8 manches, dont la dernière pour bien achever de rentrer dans la légende ! Une performance, et qu’elle est grande.

Ce fût un réel plaisir de lui remettre remettre ce trophée tant mérité le soir même, un plaisir d'autant plus prononcé que cette victoire récompense un pilote loin de la simple tactique du “tout contrôle”, à attendre que les autres fassent l'erreur. Elle récompense un attaquant à l'intelligence tactique parfaitement dosée, comme quasiment tous les derniers grands titres récents (Honorin dernièrement en janvier 2015 à Roldanillo).

Je retiens aussi le style de l'autre Stefan, Stefan Morgenthaler, que je considère comme un modèle depuis quelques années, tant il est fluide dans sa façon de voler. Même s'il est peut être trop attiré par la beauté du geste quelque fois. Mais ce n'est pas moi qui lui lancerai la première pierre…

Beaucoup dans cette équipe ont la trempe de Chrigel Maurer, soyez en sûr !

Mais le prochain vainqueur s'appelera Julien Wirtz, parce qu'il le mérite et que sa régularité de dingue payera ! C'est tout ce que je lui souhaite…

Quant à moi, de ma 37 ème place (dire que mon moins bon résultat avait été 22ème jusqu'ici, pour ma première...) , j’analyse ce qu'il s'est passé plus froidement depuis mon retour (disons que le jetlag et le repos forcé à cause du virus attrapé à Valle aident).

Je n'ai toujours pas trouvé de réponse à ce que j'appellerais le “flow du vainqueur”, qui s'est encore magnifiquement incarné lors de cette compétition.

Quelle aura se dégage t il de lui pour que les oiseaux, eux même, volent à son secours quand le besoin s'en fait sentir ?

J'ai dit que je n'avais pas trouvé de réponse. Mais en fait, peut être en partie seulement. Lorsque tout a été mis en place pour réussir, peut être la réussite ne réside pas dans la focalisation sur l'objectif (parce que vous avez déjà focalisé longuement sur cet objectif tout au long de votre préparation), mais dans le lâcher prise, dans une sorte d'abandon. Une façon de se murmurer: “j'ai fait tout ce qui était en mon pouvoir, je suis allé au bout de la démarche, maintenant il n'y a plus qu'à se faire confiance et avancer, quoiqu'il puisse advenir”.

Le lâcher prise à cette avantage qu'il permet de ne pas forcer le trait quand il convient de ralentir, quand la focalisation peut créer un état de panique quand l'objectif final semble s'échapper.

C'est peut être cet état qui permet d'accéder à ce que j'appellerais le “supplément d'âme”, un terme que j'emprunte à Bergson (mais qui l’employait pour tout autre chose), cette petite chose en plus qui mène au flow...

Encore une fois j'en reviens au mental, parce que, paradoxalement, je pense m’être trop investi émotionnellement, dans cette compétition. Toutes ces mauvaises decisions n’ont découlé que de ce facteur…

Est-ce la rançon du statut de tenant du titre ? Ce stress supplémentaire ?

Il y a un grand homme qui a dit un jour:

“Je ne perds jamais. Soit je gagne, soit j'apprends.”

C'était Mandela. Et cela me paraît conclure parfaitement ce trop long monologue...

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Commenter cet article

pascal CHEDEVILLE 13/06/2016 10:06

Bonjour, j'aime beaucoup ce que vous faite à très bientôt
Pascal
http://www.avionnormandie.com
avionnormandie@gmail.com

labro 05/02/2016 17:23

Hello,
Merci pour ton récit, c'est toujours intéressant d'avoir une analyse détaillée même si tu ne trouve pas de réponse simple sur ton manque de réussite ... Le lâché prise semble être une piste effectivement mais si on lâche trop, on ne fait plus de compet, on ne vole que pour le plaisir ... Je pense aussi et surtout que tu n’étais pas au top de ta forme physique et que à ce niveau, c'est surement important.
Bonne continuation !

Twist 05/02/2016 14:55

Je suis toujours aussi ému par ton partage et ta sincérité !

Gilbert 04/02/2016 21:54

salut Max,
le vieux volant que je suis est bien autant épaté par ta prose que par tes vols .... ton "intelligence" paiera un jour, c'est sur!!!
amitiés
Gilbert